Essai réalisé pour Nouvelles de danse, janvier 1999

by Dena Davida

Chaque semaine dans des dizaines de villes composant un réseau international, des membres de cette «communauté d’expérience»[1], de contact improvisation se retrouvent pendant quelques heures dans un studio de danse pour un jam.  Cette pratique hybride me semble fonctionner à mi-chemin entre une méditation corporelle, une thérapie psycho-kinesthésique, un entraînement sportif, et une séance d’improvisation dansée.  Penchées tête contre tête, les yeux fermés, les deux danseuses relâchent toute volonté et se laissent guider, balotter, par les forces physiques qui s’activent au point de contact.  Pour entrer dans cette société de danse, il suffit comme rite d’initiation, d’assister à quelques cours de base.  Après cette phase initiale, c’est pendant les jams  que les praticien(ne)s expérimenté(e)s transmettent au corps à corps les habiletés qui permettent de progresser.  Pour un instant, le novice hésite face à sa perte d’équilibre.   Il se trouve subitement entraîné au sol, puis s’enveloppe autour de sa partenaire.  C’est à cause de cette communication d’échange et de transfert de poids entre corps sensibles qu’on se permet l’expression d’intimité et de sensualité physique qui est peu commune dans la plupart des cultures.  Elle se laisse glisser en roulant tout le long du corps de sa partenaire jusqu’à nicher le côté de son visage dans l’arche de son pied.  Parmi toutes les danses du monde, le contact improvisation  est l’une des rares formes qui s’anime à partir des sensations issues du corps lui-même, sans nécessité de support musical ou de transe spirituelle.  Debout mais profondement relâché, son corps assume «la petite danse», une succession de minuscules balancements.  Encore maintenant, vingt-six ans après sa conception, le contact improvisation  demeure une pratique qui préserve les valeurs issues du contexte social à son origine:  humanisme, féminisme, environmentalisme, parmi d’autres.  Un homme corpulent se propulse vers les épaules d’une femme filiforme, momentanément suspendu dans l’air, et atterit avec délicatesse.


[1] Novak, Cynthia. Sharing the Dance: Contact Improvisation and American Culture.  Madison,Wisconsin:  University of Wisconsin Press, 1990. Elle distingue l’idée d’une communauté d’expérience d’une communauté géographique.

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